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Lentement, il avance dans le couloir sombre. Pas à pas, sans faire de bruit. De l’une des portes qui donne sur le long corridor, pointe un rayon de lumière qui réfléchit sur la tuile cirée devenu point de fixation pour l’homme qui progresse doucement.
Progressivement, commence à se dessiner des ombres chinoises sur la tuile, un couple dansant un tango :
Elle arrose
Tango du matin
Souliers vernis
Les pétales de robes tristes
Latéral oblique oblige
Cadence
Démesure
Des mesures
Arrose
La danse
Pas
Pas
Cadabra
Lent
Lent
Vite vite
Lent
Lente
Lente
Ondu
lente
Variation sur thème
Progression agencée
Les talons aiguilles
gestuelle pointée
Repart les bras en flèche
langoureux saccadé
Le couple s’épouse parfaitemment
La mécanique gestuelle s’écrase peu à peu
En fait elle n’existe pas pas pas pas pas.
Puis, les ombres chinoises s’effacent lentement. L’homme approche de la lumière revolver à la main et s’arrête. Le couple qui dansait baise maintenant. Et là, au moment même où il devait passer à l’action et poursuivre son dessein, l’univers bascule, comme si le temps s’était suspendu.
* * *
Les lèvres pulpeuses de la (sa) danseuse répondaient maintenant
aux attentes de celles de son cavalier. Leurs corps s’épousaient.
La robe tomba lentement jusqu’aux chevilles de la femme. Dégrafée
avec minutie par des doigts habiles, le vêtements glissa comme une
ombre fanée sur les frêles épaules.
* * *
Il attendit encore avant d’agir. Sa vie défila dans sa pensée en un éclair. L’aimait-il ? L’aimait-elle ? Il la revit jeune comédienne sur les planches d’un théâtre. Elle dansait déjà bien à l’époque. Ne l’avait-il pas rencontré dans un des ses premiers spectacles ? D’un coup, il comprenait. Cela devait finir comme cela avait commencé. Exhibitionniste ! Derrière cette porte, avec un autre homme que lui. Comme elle l’avait fait pour notre homme devant son compagnon du temps. Il venait juste de comprendre qu’il s’était piégé lui-même. Le tango qu’elle lui servait pour une dernière fois était son cadeau d’adieu.
Il tira le chien. Le canon sur sa tempe? appuya.
* * *
Les rires fusèrent derrière la porte de vitre givrée et les ombres chinoises se remirent à tanguer. D’abord, le soulier noir à semelle de cuir de l’homme et la fine sandale à talons de la dame.
Et ,
Un, deux
Trrrrrois, quatre
Cinq.
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