EAU DE L'AUBE





L’aube se levait à peine que déjà les ombres s’effacaient, abandonnant le rivage aux eaux tumultueuses de la mer.  Un vent froid venant du large glaçait nos joues d’enfants.  Mon jeune frère criait.  Moi j’étais là, à regarder ces montagnes orangées, à faire taire mon frère, pendant qu’en bas l’eau courait sur la grève et se retirait en frappant la contre-vague créant ainsi de continuels ressacs.

Assis sur l’escarpement qui surplombait la mer, j’écoutais le sifflement du vent sur les arbres, les vagues qui frappaient les récifs tout en bas et les cris plaignards de quelques jonathans levés trop tôt, qui passaient en vrille au-dessus de la plage accidentée.

Autour des rochers, en bas, se formait de l’écume que les vagues éparpillaient et reformaient dans les courants et les contres courants.  De temps à autre l’émergence d’un tronc d’arbre brisait le continuel mouvement, arrachant même les varechs et les déposants comme des grappes sur la mer.

Mon frère criait toujours et pleurait.  Ses larmes se figeaient sur son visage et son corps serré contre le mien tremblait de peur et de peine.  Comme moi, il regardait l’océan se déchaîner.  Comme moi, il entendait les cris des goélands et le déchirement des vagues sur les rochers.

Mais moi, je ne regardais pas le cadavre de mon père bercé par les flots.
 

© 1999 FRANÇOIS-BERNARD TREMBLAY
 


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